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L'extrême centre

En cliquant à droite-à gauche, on finit même par trouver le centre sur la Toile !

A cent ans passés, les radicaux servent encore de passerelles entre les deux rives. Trouver des différences entre le Parti radical de gauche (" au service de la démocratie active ") et le Parti radical (" l'expression de la démocratie française ") vire vite au casse-tête. Seul le graphisme varie. Le petit Parti fédéraliste prépare les régionales de 2004. D'un clic, l'e-électeur téléchargera et imprimera lui-même son bulletin de vote fédéraliste.
Christian Blanc, ex-PDG de la RATP, assure le service minimum. Son portail Energies démocrates n'est pas encore un outil de lobbying pour la société civile comparable à l'Ami public. François Bayrou et Marielle de Sarnez ont pensé aux UDF pleins d'humour en leur dédiant une rubrique castagne. 285 centristes seulement ont déjà participé aux six forums en ligne. Trop d'interactivité tue l'interactivité.

L'Internet d'en bas

Sans attendre le feu vert d'Alain Juppé, l'UMP organise ses courants on line. Pour le meilleur et pour le pire.

Entre la Toile et l'UMP, tout avait mal commencé. L'élection du trio Juppé-Gaudin-Douste via le Net s'étant soldée par une abstention record. Depuis, les chiraquiens ont sophistiqué et étoffé le site en chat vidéo, sondages, forums et e-boutique où l'on vend même des étoles. Des intervenants " trappés [sur les forums] à la moindre question qui fâche " restent frustrés par le discours orthodoxe ambiant. La Droite libre joue les trublions. Lors des manifs contre la réforme des retraites, ces " serial-webbeurs " demandaient aux internautes de bloquer la boîte e-mail " des syndicats qui bloquent la France ". La messagerie de Marc Blondel a été paralysée pendant trois jours. Carton jaune immédiat : l'UMP refuse que la Droite libre se serve de sa base de données pour expédier sa newsletter.
Internet et Christine Boutin se sont pacsés récemment. Son Forum des républicains sociaux vire souvent à la " Boutin-Pride ", mais il est encore tôt pour juger. Vous pouvez en attendant rendre une visite-éclair à l'association Gay Lib juppéo-chiraquienne. Une fois passée l'home page amateur du Centre national des indépendants, on tombe en terra incognita.

Contre-révolution libérale

Les idées libérales glissent sur la France alors autant surfer dessus. Entre ces start-up de la politique aussi, la concurrence est rude.

Depuis la liquidation de sa PME Démocratie libérale, Alain Madelin s'est replié dans l'arrière boutique des Cercles libéraux, abondante en liens vers le monde entier. Organisateur en 2002 d'un chat non-stop pendant 48 heures, il prépare son come-back avec cette fois une université libérale on line. Mais " la main invisible " de l'internaute préfère le dernier carré V.I.P. à la mode, celui des Réformateurs. Club sélect réservé aux députés UMP maniaques de la réforme.
Le succès des contre-manifestations organisées au printemps 2003 par les activistes de Liberté, j'écris ton nom doit tout à l'Internet. Cette jeune association constitue un vivier de futurs cadres pour l'UMP. Entièrement dévouée à monsieur l'ambassadeur Charles Millon, la Droite libérale chrétienne incarne le libéralisme kitsch. Où se cachent les ultra-libéraux dans les profondeurs du Net? Vous les dénicherez sur le site confidentiel des Libertariens anarcho-capitalistes. Tout un programme.

Les euro-flippés

Philippe Sollers les surnomme " la France moisie ". Souverainistes de gauche, comme de droite, ont-ils contaminé le Web ?

Le Che (Chevènement) ressuscite sur la Toile par la grâce du Mouvement républicain et citoyen. Même rubriquage, même design, chez les dissidents de la Gauche républicaine ou du côté d'Initiative républicaine.
L'UMP aussi a ses souverainistes abrités dans le club Debout la République, qui met en ligne des documents censurés par la direction du parti chiraquien. Lassés des oukases de Philippe de Villiers et Charles Pasqua, les eurodéputés Paul-Marie Coûteaux et William Abitbol se sont mis à leur propre compte.
Tous ces sites, conçus comme des vitrines dans l'immense galerie souverainiste virtuelle, seront réactivés à l'horizon des élections européennes.

Idées pas nettes

High-tech et vieilles idées ne font pas bon ménage. La vraie-fausse dissolution d'Unité radicale rappelle que les partis politiques ne sont que l'arbre qui cache la forêt sombre de l'extrême droite.

Jusque sur le Net, le Front national voue un culte immodéré à son vieux chef. Jean-Marie Le Pen en vidéo, à la radio, en photos, sur affiches téléchargeables, etc. On se croirait dans un musée, sans le moindre salon pour discuter. L'association Générations Le Pen de l'héritière Marine Le Pen offre une version light du FN.
Les " pu-putschistes " du Mouvement national républicain ne sont guère mieux lotis. Bruno Mégret ne partage la vedette qu'avec son épouse Catherine. Les dissidents d'Identité et libertés n'ont pas trouvé la force de créer un site concurrent.



Internet joue les seconds rôles en politique. Les partis préfèrent axer leurs stratégies sur les mass media traditionnels. Ce sont eux qui donnent le ton et définissent l'agenda politique. Aucune déclaration marquante ni aucun acte politique fort ne s'effectue sur la Toile. Les partis profitent peu des potentialités d'Internet pour favoriser les contacts interpersonnels. S'ils ont créé des sites spécifiques pour les jeunes, ils ne déclinent pas encore (hormis l'UMP) leur message en fonction des catégories socioprofessionnelles. Par manque de moyens (humains, financiers), des micro-partis tels que le Parti pied noir, les Mauves gays et lesbiennes, le Parti blanc ou l'Union des contribuables ne tirent pas leur épingle du jeu. Le réseau se contente de reproduire les inégalités.
Les e-militants sont loin de constituer une cybertask force. Les habitués des forums s'épanchent souvent de façon narcissique sans lire les autres messages. Trois p'tits tours et puis s'en vont, laissant une mini-question ouverte, histoire de marquer leur territoire. Les plus branchés sont les Verts. Ils usent et abusent du logiciel Spip qui permet des copier-coller d'un traitement de texte à une interface Web. Ceux qui ne trouvent nulle part leur bonheur peuvent se consoler auprès des royalistes de l'Action française ou de la Fédération anarchiste.


Tous ces sites restent le meilleur moyen d'impliquer rapidement les partis locaux. Parfois aussi, ils s'avèrent utiles pour prendre le pouvoir en interne. La victoire du courant d'A. Lipietz (cyberMachiavel) chez les Verts s'est en grande partie construite sur une liste de discussions présentée comme ouverte à tous. Les nouveaux militants y ont trouvé refuge et fait la différence au moment du vote. Hollande et Juppé sont prévenus. Car anecdotique dans les années 90 (avec Intern@tif), incontournable aujourd'hui, Internet pourrait bien demain être décisif en politique.

Cédric Forestier

 
 
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