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Amnesty International condamne l' »arrestation arbitraire » de manifestants à Paris

Publié le : 08/02/2021 – 09:13

L’organisation mondiale des droits de l’homme Amnesty International a qualifié d' »arbitraire » une grande partie des détentions effectuées le 12 décembre lors d’une manifestation à Paris par des dizaines de milliers de personnes contre le projet de loi français controversé sur la sécurité.

Sur les 142 personnes arrêtées le 12 décembre, dont 124 ont été placées en détention, « près de 80 % n’ont finalement pas été inculpées », selon une étude de la branche française de l’Observatoire des droits internationaux.

Une proportion similaire de détenus par rapport aux accusations criminelles a été observée lors du mouvement du « gilet jaune » qui a atteint son apogée fin 2018 et début 2019, selon le procureur de Paris Remy Heitz.

Amnesty International France (AIF), qui a rejoint un groupe de coordination opposé au projet de loi sur la sécurité, a déclaré qu’elle avait « des préoccupations légitimes sur la possibilité qu’il y ait des arrestations arbitraires et d’autres violations des droits de l’homme ».

La législation, qui a depuis été abandonnée, aurait limité la publication des photos des policiers en service, une mesure condamnée comme une entrave à la liberté de la presse.

Aucune violence notable avant l’action de la police

Anne-Sophie Simpere de l’AIF, auteur du rapport, a déclaré à l’agence de presse française AFP que la marche de protestation du 12 décembre dans le centre de Paris n’avait pas connu de « violence notable », ajoutant : « Rien ne semble justifier ce qui s’est passé en termes d’arrestations ou d’inculpations ».

Le rapport s’est concentré sur les interrogatoires de police, les certificats médicaux et les documents judiciaires dans 35 cas de personnes détenues mais non inculpées. Deux d’entre elles ont été détenues pendant près de cinq heures, tandis que les 33 autres ont été détenues pendant la nuit.

Un lourd contingent de police a précédé les manifestants et les a flanqués des deux côtés, empêchant l’un d’entre eux de quitter la manifestation, ont rapporté les journalistes de l’AFP à l’époque.

Sur la base de témoignages et d’enregistrements vidéo, Amnesty a déclaré que les arrestations n’ont pas été précédées d' »avertissements sonores » et qu’elles ont eu lieu à des moments où aucun « trouble significatif » n’a été constaté au cours de la marche.

La police a avancé sans raison ni avertissement

Alexis Baudelin, un avocat qui a été mis en détention, a déclaré à l’AFP : « J’ai été surpris par la stratégie … à chaque intersection, les forces de sécurité ont chargé les manifestants non violents sans raison ni avertissement. »

Cette tactique offensive visait à empêcher la formation de groupes anarchistes du « Black Bloc » après deux week-ends consécutifs de manifestations violentes à Paris, a déclaré la police plus tard.

Amnesty a également souligné les « détentions basées sur des lois vagues », notamment celle contre « la participation à un groupe dans le but de planifier la violence », citée dans 25 des cas étudiés.

Dans seulement deux des cas étudiés, les détenus avaient transporté des objets qui pouvaient justifier des soupçons d’intention violente.

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