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La France lance un système d’étiquetage anti-déchets pour les smartphones et les ordinateurs portables

Depuis janvier, les acheteurs des magasins d’électronique et d’électroménager de toute la France ont vu de nouvelles étiquettes à code couleur sur certains produits, montrant à quel point il devrait être facile de faire réparer le produit. Ces scores font partie du premier indice de réparation au monde, dont les militants estiment qu’il pourrait avoir un impact mondial.

Introduit dans le cadre d’une loi anti-déchets adoptée l’année dernière, l’indice de réparabilité français vise à encourager les acheteurs à choisir des produits de longue durée dans un effort plus large de répression des déchets de consommation.

« Ces informations informent les consommateurs sur la possibilité de prolonger la durée de vie de leurs produits, d’orienter les acheteurs vers des produits plus faciles à fi lmer et de les inciter à réparer les produits endommagés », selon le ministère français de l’environnement.

« C’est un outil de lutte contre l’obsolescence – planifiée ou non – pour éviter l’élimination prématurée des produits et préserver les ressources naturelles utilisées dans leur fabrication ».

L’indice vise à créer une concurrence entre les producteurs pour concevoir des produits dans l’intérêt de l’environnement, ainsi que les portefeuilles des consommateurs.

Le lancement de l'indice de réparation français a vu de nombreux fabricants, dont Samsung, prendre des mesures pour améliorer le score de réparabilité de leurs modèles 2021.

Le lancement de l’indice de réparation français a vu de nombreux fabricants, dont Samsung, prendre des mesures pour améliorer le score de réparabilité de leurs modèles 2021. RFI/Mike Woods

« Nous en sommes satisfaits, car il s’agit d’un label obligatoire sur la réparabilité, ce qui est important pour que les produits durent plus longtemps », déclare Laetitia Vasseur, fondatrice de la campagne anti-déchets Stop Planned Obsolescence. « Beaucoup d’entreprises l’utilisent déjà ».

« C’est une réussite, dans le sens où nous avons un choix cohérent de catégories, et d’autres à venir », déclare Ophélie Baguet de Spareka, une entreprise qui aide les gens à réparer leurs propres produits et à réduire ainsi l’impact environnemental des déchets de consommation.

« Nous espérons que l’indice fera baisser le prix des pièces de rechange, car elles sont encore trop chères », ajoute-t-elle, citant une étude de l’Ademe, l’agence française de l’environnement, qui a révélé que les consommateurs sont beaucoup moins susceptibles de payer des réparations qui représentent plus de 30 % du prix du produit.

Des premiers résultats prometteurs

Pour l’instant, l’indice s’applique aux smartphones, aux ordinateurs portables, aux téléviseurs, aux machines à laver et aux tondeuses à gazon, mais la gamme de produits devrait s’élargir.

Une note entre 0 et 10 est calculée sur la base de cinq critères : facilité de démontage, disponibilité des informations sur la réparation, disponibilité des pièces de rechange, prix des pièces de rechange et conformité aux normes sur les problèmes de réparation spécifiques à chaque classe de produits.

L'indice de réparabilité français exige des fabricants qu'ils affichent une étiquette à code couleur avec un score entre 0 et 10 sur la manière dont leurs produits répondent aux critères de facilité de réparation, dans le cadre d'un effort pour réduire les déchets de consommation.

L’indice de réparabilité français exige des fabricants qu’ils affichent une étiquette à code couleur avec un score entre 0 et 10 sur la manière dont leurs produits répondent aux critères de facilité de réparation, dans le cadre d’un effort pour réduire les déchets de consommation. Ministère de la transition écologique (France)

Bien que les entreprises ne soient pas condamnées à une amende pour non-respect de l’indice avant 2022, de nombreuses marques fournissent déjà des scores, certains résultats préliminaires suggérant que les entreprises ont pris en compte l’indice avec leurs nouveaux modèles.

Par exemple, un reportage dans un journal Le Monde note que le modèle pré-index 2020 Galaxy S de Samsung a obtenu un score de 5,7, tandis que le modèle 2021 a obtenu 8,2, en partie grâce à un guide de réparation en ligne.

Mais il faudra du temps pour que les consommateurs aient une vision complète de la réparabilité des produits qui leur sont proposés.

« Jusqu’à présent, nous pensons que les fabricants affichent les bons scores, ce qui est un peu intelligent de leur part », déclare Mme Baguet, ajoutant que son scepticisme est limité.

« Nous avons l’impression qu’ils retravaillent des produits avec des notes plus faibles, ce qui est très bien, car cela pourrait signifier qu’ils développent des outils pour aider aux réparations et qu’ils envisagent de partager les documents techniques et de rendre les produits plus réparables ».

Une surveillance étroite est nécessaire

L’indice n’est pas sans faille. Par exemple, les fabricants de produits électroniques gagnent un point en indiquant simplement si les mises à jour de logiciels sont des corrections, des mises à niveau ou une combinaison, ce qui ne limite pas en soi l’obsolescence des produits.

Les grandes entreprises semblent également mieux placées pour améliorer leurs résultats que les petites, grâce à un accès plus facile aux pièces de rechange fabriquées et expédiées depuis l’étranger.

Un autre problème est que les entreprises déclarent elles-mêmes les scores de leurs produits, ce qui signifie que les consommateurs n’ont peut-être pas toutes les informations dont ils ont besoin sur la disponibilité des pièces.

« Une entreprise peut dire qu’elle a un bon score parce qu’elle peut rendre les pièces disponibles rapidement, mais les consommateurs ne savent pas s’ils attendront un jour, deux semaines, un mois ou trois mois pour obtenir les pièces », explique Laetitia Vasseur.

L'indice de réparation français s'applique actuellement aux machines à laver ainsi qu'aux tondeuses à gazon, aux téléviseurs, aux ordinateurs portables et aux smartphones. Les militants pour une économie de consommation plus circulaire espèrent et attendent que la gamme des produits inclus s'élargisse dans les années à venir.

L’indice de réparation français s’applique actuellement aux machines à laver ainsi qu’aux tondeuses à gazon, aux téléviseurs, aux ordinateurs portables et aux smartphones. Les militants pour une économie de consommation plus circulaire espèrent et attendent que la gamme des produits inclus s’élargisse dans les années à venir. RFI/Mike Woods

Toutefois, la loi oblige les entreprises à fournir aux consommateurs les informations utilisées pour calculer les scores au moment de l’achat, ce qui permet un contrôle indépendant et direct.

Spareka est en train de créer un dépôt en ligne pour fournir une ressource à long terme sur l’index, y compris les produits éventuellement retirés de la production.

« Un constructeur calcule son propre score, mais il le fait selon des directives strictes, avec des critères clairement définis », explique Ophélie Baguet, qui précise que les spécialistes de la réparation pourront vérifier si les scores répondent aux normes de l’indice.

Implications mondiales

La gamme de produits sera élargie dans les années à venir, les militants souhaitant ajouter des imprimantes, des tablettes, des lave-vaisselle, des cafetières, des grille-pain, voire des bicyclettes et des meubles.

En 2024, la France prévoit d’étendre ses efforts avec un indice de durabilité, informant les consommateurs sur la durée de vie des produits.

L’indice de réparation, le premier du genre dans le monde, sert également de test pour d’autres juridictions, dont l’Union européenne, qui a décidé l’année dernière de commencer à rédiger des lois pour l’étiquetage de la réparabilité dans tous les États membres.

« La France est un véritable pionnier avec l’indice de réparation, et l’objectif est d’inspirer l’Europe », déclare M. Baguet.

« S’il existe un indice européen de réparation, il commencera à jouer un rôle dans la conception et le design des produits », dit-elle.

« Si la France reste seule, l’impact sera moindre. L’objectif de la France est que l’Europe lui emboîte le pas et introduise un indice européen de réparation ».

www.rfi.fr